MO(T)SAIQUES 2

"Et vers midi
Des gens se réjouiront d'être réunis là
Qui ne se seront jamais connus et qui ne savent
Les uns des autres que ceci : qu'il faudra s'habiller
Comme pour une fête et aller dans la nuit ..."

Milosz

jeudi 27 décembre 2012

P. 210. On disait que Mario Ramos n'était pas mort...


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Mario Ramos (Mont. JEA/DR).

Nicolas Guégan

  -"Mario Ramos, l’une des figures de la littérature jeunesse, est mort dimanche 16 décembre à l’âge de 54 ans. «Je suis né à Bruxelles, en 1958, de mère belge et de père portugais. Mon enfance est rythmée par les séjours chez ma grand-mère à l’orée du bois, et les vacances au soleil au Portugal.» C’est ainsi que l’homme aimait se présenter sur son site officiel.
Cet auteur-dessinateur avait publié plusieurs dizaines d'albums dont les plus connus sont «Quand j’étais petit», «le Roi est occupé», «Un monde de cochons» ou encore «Le monde à l’envers». Au fil de ses publications, Mario Ramos avait gagné le coeur des enfants mais aussi celui des plus grands par la manière dont il distillait une critique affûtée du monde moderne."
(BibliObs, 19 décembre 2012).


Mario Ramos, Le monde à l'envers, Ed. L'Ecole des Loisirs, Coll. Lutin poche, 2006, 35 p.

Mario Ramos


- "Les premières histoires en images qui m’ont émerveillé sont les films de Charlot et les albums de Tintin. Très tôt, je suis fasciné par tout ce qu’on peut transmettre par un petit dessin. Études supérieures de communication graphique. Je découvre les fabuleux dessins de Tomi Ungerer et de Saul Steinberg. On s’inscrit toujours dans une continuité, c’est bon de remonter aux sources. Je commence par réaliser de nombreuses affiches, des dessins de presse, et finalement des livres pour enfants qui deviennent mon activité principale. Avec un crayon et du papier, tout est possible. C’est magique!"

Laurence Bertels

- "Lors de notre première rencontre, dans son atelier schaerbeekois, il s’était lui-même présenté comme un optimiste désespéré, un enfant doux, calme et rêveur, ennemi du ballon rond et souvent sujet aux moqueries dans la cour de récré. Graphiste formé à La Cambre, illustrateur de presse, notamment pour La Libre, il est venu à la littérature jeunesse grâce à Hergé, Tomi Ungerer et Saul Steinberg, père de tous les dessinateurs. Il ne se consacra réellement au livre pour enfants qu’à l’âge de quarante ans et publia une trentaine de livres. Il ne connaissait pas l’angoisse de la page blanche mais celle de la mise au net qui représentait pour lui “une réelle souffrance car alors, je sais que l’aventure s’achève et que je n’y ai peut-être pas mis tous ce que je voulais mais tout ce que je pouvais”, nous confiait-il également, lui qui rencontrait très souvent les enfants tant leur contact lui importait."
(La Libre Belgique, 18 décembre 2012).


Mario Ramos, Roméo & Juliette, Ed. L'Ecole des Loisirs, Coll. Lutin poche, 2004, 30 p.

Béatrice Cherry-Pellat

- "La différence (Roméo et Juliette, Un monde de cochons), la peur (Le petit soldat qui cherchait la guerre, Loup y es-tu ?, La peur du monstre), l'identité (Le loup qui voulait être un mouton), le pouvoir et la responsabilité (Nuno le petit roi, Le roi est occupé, Arrête de faire le singe) sont des thèmes récurrents dans l'œuvre de Mario Ramos. "À travers une fiction, il est possible d'aborder des thèmes difficiles pour les enfants. C'est la distance de la fiction qui apporte cette facilité". Le tout teinté d'humour.
(L’oiseau lire, 18 décembre 2012).

Mario Ramos - Citrouille n° 58

- "Je différencie mon travail d'illustrateur jeunesse de celui de l’artiste qui crée en solitaire et pour qui l'œuvre existe par elle-même, sans interaction obligée avec un public. Si les albums nécessitent des moments de solitude et de retrait, je les réalise toujours cependant en pensant à mes lecteurs, avec l’intention délibérée de les toucher. Si j’organise donc des temps de création pendant lesquels je ne fais pas d'animations, les moments de rencontres et d'échanges auquel je participe par ailleurs me nourrissent et font partie de mon travail. Il ne faut cependant pas se perdre avec des rencontres trop nombreuses qui empiéteraient trop les plages créatives. Elles doivent rester porteuses d'équilibre et d'interaction: j’aime découvrir ce que les gens perçoivent et comprennent dans mes albums, les questions qu'ils se posent après la lecture de mes livres. Comme je m’intéresse par ailleurs à tous les acteurs de la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire, en passant par l’imprimeur ou le distributeur..."
(Librairies jeunesse, 18 décembre 2012).


Mario Ramos (DR).

Philippe-Jean Catinchi

- "L'œil vif et coquin de Mario Ramos a su nettoyer celui de ses lecteurs. Et si son sourire malin qui commentait en silence le tour qu'il venait de jouer manquera à celles et ceux qui l'ont croisé, dans les ateliers qu'il animait comme dans les salons de littératures jeunesse où il faisait le show, restent ses livres, adressés à tous et résolument humains. Sans encombrement moraliste ni lourdeur didactique. Simplement justes."
(Le Monde, 21 décembre 2012).

François Place et la Charte des auteurs et des dessinateurs jeunesse

- "C’est un coup de massue, ta disparition. Celle d’un garçon, tant tu étais juvénile, l’œil rieur, l’humour toujours à fleur de peau. Concerné, aussi. Révolté plutôt qu’indigné. Généreux dans l’amitié. Et tes albums, au dessin si juste et si tendre : des histoires toute simples, à belle hauteur d’enfance, des albums pour faire peur et pour faire rire, des albums pour apprivoiser les petites misères et les grands chagrins… Des albums à tenir très fort entre ses bras, comme on voudrait tant pouvoir le faire avec toi, Mario, parce que ce chagrin-là, il ne passe pas, il nous laisse sans voix, et c’est trop tôt, trop dur pour les souvenirs. Nous pensons à Andréa, à Tania, et nous mêlons nos larmes à leurs larmes. Et aussi, nous pensons à toi, Mario, où que tu sois."

Pastel Bruxelles et l’Ecole des Loisirs


- “Le petit Guili était curieux de tout et n'avait peur de rien. Il aimait faire rire ses amis.”
Mario Ramos, Le petit Guili

Mario Ramos aimait tant nous faire rire dans ses livres. Il prenait un soin et une attention passionnée à raconter des histoires aux enfants. Leur donner les moyens pour se défendre face aux plus forts, pour se construire.
Mario était curieux de tout, généreux, talentueux et très fidèle.
Ses loups, cochons, singes, crocodiles et autres petits lardons sont chargés de toutes les émotions.
Chaque rencontre lui tenait à cœur, “Faire rire et réfléchir les petits et les grands est la plus belle récompense pour un auteur.”

Mario nous a quittés dimanche 16 décembre.
Il va nous manquer énormément."


Mario Ramos (DR).

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lundi 24 décembre 2012

jeudi 20 décembre 2012

P. 208. "Le voyage de Monsieur Crulic", le film


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Site du film ? Cliquer : ICI.

Synopsis

- "Ce long-métrage d’animation pour adultes (dans la veine de «Valse avec Bashir») raconte à la première personne la vraie histoire de Crulic, un Roumain de 33 ans, absurdement mort dans une prison polonaise à la suite d’une grève de la faim consécutive à une erreur judiciaire.
L’acteur roumain Vlad Ivanov («4 mois, 3 semaines, 2 jours», Palme d’or à Cannes 2007) prête sa voix au récit ironique que Crulic nous fait parvenir d’outre-tombe."

La réalisatrice, Anca Damian

- "Je suis partie de l’idée d’un docudrame dans lequel un journaliste, un personnage rencontrerait des personnes réelles, des témoins. Claudiu Crulic fournissait le prétexte à une analyse des dérapages qui se produisent au XXIe siècle dans une société soi-disant civilisée, peuplée d’individus qui ont accepté d’être les témoins passifs d’une mort lente, qui ont pu rester les bras croisés au lieu d’aider leur proche qui se mourait là, devant eux. Il y a eu quantité de ces témoins, venus des milieux les plus divers. Mais l’enfer qu’avait traversé Claudiu Crulic restait complètement inconnu, une espèce de vide autour duquel tournaient les autres, attentifs à ne pas se laisser entraîner dans le précipice…
C’est alors que j’ai eu l’idée de l’animation : elle me permettait de recréer ce vide. L’animation te donne la liberté et j’en ai profité pleinement. L’utilisation de l’animation se justifiait d’elle-même : comment quelqu’un de l’au-delà pourrait-il raconter autrement ?"
(Dossier de presse).

Stéphane Dreyfus


- "Les films d’animation qui sortent en cette fin d’année ne sont pas tous des beaux contes de Noël, loin de là. C’est le cas du Voyage de Monsieur Crulic qui raconte, avec une audace formelle étonnante, l’histoire vraie de la grève de la faim d’un homme emprisonné à tort."
(La Croix, 11 décembre 2012).


Vos papiers ! (DR).

Xavier Leherpeur

- "Un magnifique film d’animation basé sur l’histoire vraie et tragique d’un jeune homme pris dans les méandres d’une justice obtuse. Dans la continuité de « Valse avec Bachir », d’Ari Folman, un projet esthétique et protéiforme où le dessin alterne différentes écoles stylistiques pour proposer, via un kaléidoscope figuratif brillamment construit, une approche à la fois réaliste, poétique et symbolique où chaque proposition formelle cristallise l’émotion."
(CinéObs, 11 décembre 2012).

Marc Belpois

- « J'ai un nouveau passeport. Mortuaire. C'est comme ça que je passe les frontières. Je passe les frontières, vous m'entendez bien ! Sans que personne ne demande rien. Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie. Et en Mercedes ! » Alors que sa dépouille est rapatriée dans le véhicule d'une société de pompes funèbres, Crulic se raconte avec une douce ironie, un détachement presque amusé. A quoi bon fustiger ses bourreaux, les faits sont terrifiants.
Le 11 juillet 2007 à Cracovie, un juge polonais déclare le vol de son portefeuille. Le 10 septembre, le dénommé Claudiu Crulic, émigrant Roumain venu louer en Pologne ses talents de mécanicien auto, est accusé du larcin (imputation impossible puisqu'il se trouvait alors en Italie), puis incarcéré à Cracovie. Il entame immédiatement une grève de la faim et clame son innocence à longueur de lettres adressées au directeur du centre de détention, au procureur de la ville et, surtout, au consulat roumain. Personne ne daigne réagir. Les médecins de la prison ne se préoccupent pas plus de son état de santé, ou alors trop tard. Claudiu Crulic meurt un jour de février 2008, il avait tout juste 33 ans."
(Télérama.fr, 8 décembre 2012).

Isabelle Danel

- "D’outre-tombe, le Roumain Claudiu Crulic nous raconte son authentique histoire. Accusé de vol en Pologne, alors qu’il était ce jour-là en Italie, Crulic est emprisonné. Continuant de clamer son innocence, il mourra des suites d’une grève de la faim entamée en détention... Mêlant plusieurs techniques d’animation (cartons, dessins, insertions de photos), Anca Damian réalise un pur bijou. À la fois engagé et poétique, dramatique et ironique, cet objet filmique non identifié révolte par son propos et surprend par son invention."
(Première).


Geôle polonaise (DR).

Nicolas Thys

- "Directrice photo et documentariste roumaine, Crulic est le deuxième long-métrage mais le premier film d'animation d'Anca Damian. Et pour une première, c'est une réussite. Elle parvient à maîtriser plusieurs techniques et à les associer brillamment, depuis papier découpé jusqu'au dessin traditionnel en passant par l'animation par ordinateur, de la fluidité parfaite de certains plans à la fixité de certains objets sans oublier des mouvements saccadés qui apportent un rythme singulier mais précis à l'ensemble. Et cette profusion des styles ne nous perd pas mais, au contraire, nous aide à pénétrer l'univers intime du personnage, ses pensées, son environnement et son combat. On suit notre homme et son cheminement inéluctable vers la mort sans jamais se sentir largué, même sans avoir eu connaissance des événements auparavant, mais avec l'impression d'assister à un film singulier, cruel et fou mais d'une puissance plastique et formelle indéniable."
(Ecran Large).

Jacques Mandelbaum

- "Le film n'a pas l'ambition de trancher sur la culpabilité ou l'innocence de Crulic, quand bien même il suggère que le bénéfice du doute aurait dû jouer en sa faveur. Or, c'est tout le contraire qui va se passer, en une terrifiante succession de décisions où l'indifférence le dispute à la cruauté et à l'impéritie.
Bouleversé par son sort, Crulic entame une grève de la faim en prison et écrit à la terre entière pour faire valoir son innocence. Personne ne l'écoutera : ni la délégation roumaine en Pologne, ni les juges polonais, ni les médecins.
Lorsque ces derniers se rendent à leur devoir, il est trop tard. Crulic pèse cinquante kilos. Une sonde lui perfore le poumon. Il meurt quelques jours plus tard. Parmi les sombres volutes de ce beau film qui lui rend hommage, certains verront distinctement son âme."
(Le Monde, 11 décembre 2012).





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lundi 17 décembre 2012

P. 207. Les étoiles de mer manifestent...


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Signy-le-Petit (Ph. JEA/DR).

Le soleil étourdi s’ouvre le front
lui qui se heurte
à la porte vitrée de l’horizon

la palombe en cage a perdu
son procès contre les chasseurs
défendus par des ténors du barreau

le brouillard scribouillard

une fanfare de corneilles fanfaronnes

une fourmi neurasthénique
cherche une scolopendre pour y finir
ses jours haut et court

une plaine infiniment vide

une émeute de chiens mesquins

la lune se casse les ongles
en jetant des pavés dans la mare
aux questions sans réponse

une péniche à la coule

un taricheute de rêves taraudants

l'automne jouait à la marelle
et pleurait des larmes
de craies multicolores

le grand vent a mis son manteau de boucaran

ces ondées fanatiques transpercent nos espoirs faméliques

les étoiles de mer manifestent
pour que l’imparfait du passé puisse se pacser
avec l’incertain des lendemains


Quiberville (Ph. JEA/DR).

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jeudi 13 décembre 2012

P. 206. Paix à Michel Slitinsky


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(Graph. et mont. JEA/DR).

Michel Slitinsky,
L'Affaire Papon,
Préface de Gilles Perrault
(1),
Ed. Alain Moreau, 1983, 267p.

Libération :


- "L’ancien résistant Michel Slitinsky, à l’origine de l’affaire Maurice Papon, le haut fonctionnaire de Vichy condamné pour «complicité de crimes contre l’humanité», est mort samedi [9 décembre 2012] à l'âge de 87 ans.
Ce Bordelais fils de Juifs ukrainiens, rescapé d’une rafle en 1942 et ancien résistant, avait conduit l’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde devant les assises en réunissant des milliers de documents qui avaient révélé son rôle dans la déportation des Juifs. Michel Slitinsky, dont le décès a été révélé par France 3 Aquitaine, fut un porte-parole des parties civiles tout au long du procès qui s'était ouvert en avril 1997 devant la cour d’assises de la Gironde.
En 1981, cet ancien cadre commercial avait communiqué les documents au Canard Enchaîné, qui était alors dans le collimateur des services fiscaux du ministre du Budget de l'époque, Maurice Papon."
(10 décembre 2012).

A notre droite, le goliath Papon (2). A la date du 1 juin 1942, celui-ci fut nommé secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Début d'une carrière qui, après-guerre, ne cessa de le voir monter d'échelon en échelon. Successivement préfet de Corse puis de Constantine, Maurice Papon devint ensuite secrétaire général de la Préfecture de police. Puis encore secrétaire général du protectorat du Maroc avant de porter l'uniforme de préfet régional de Constantine. Et enfin Papon donna pleine satisfaction à de Gaulle en assurant, même au prix du sang notamment des Algériens, les responsabilités de préfet de police de Paris (de 1958-1967). Entré en politique, il fut élu maire de Saint-Amand Montrond et député du Cher. Giscard d'Estaing le choisit comme ministre du Budget pour le troisième gouvernement Barre (1978-1981).

A notre gauche, le David Slitinsky. Un fils d'immigrés, juif de par surcroît. Sans diplôme, pour cause de guerre. Résistant de 1942 jusqu'à l'effondrement du nazisme au coeur de l'Allemagne. Seul d'abord - mais ensuite soutenu par Le Canard enchaîné - il fit vaciller à partir de mai 1981 la statue de Papon dont la morgue et les mensonges tombèrent par pans successifs. Cet homme de et du pouvoir accumula obstacles et manoeuvres dilatoires pendant plus de quinze années pour échapper à la Justice. Jusqu'à son procès à l'issue duquel, en 1998, il fut condamné pour "complicité de crimes contre l'humanité" !
Finis les lauriers, les décorations, l'impunité et les honneurs. Place aux horreurs...

Gilles Perrault :

- "On a raison de dire que Papon ne peut être comparé à un Eichmann ou à un Barbie : il est pire puisqu'il est Français. Voici pour l'édification des futures générations, l'exemple parfait de l'ignominie ordinaire, l'homme en qui s'incarnent quatre années comptant, malgré quelques beaux éclairs, parmi les plus noires et les plus misérables de notre Histoire." (3)


(Graph. et mont. JEA/DR).

Le procès de Maurice Papon,
9 janvier - 2 avril 1998,

volume 2,
Albin Michel, 1998, 973 p.

Michel Slitinsky :
"Nous avons pris conscience, tous, de la nécessité de nous battre contre la nouvelle Révolution nationale"
celle-là même dont Papon fut un serviteur intéressé et zélé...


Le compte rendu sténographique du procès de Maurice Papon (4), permet d'entendre aujourd'hui encore le témoignage de Michel Slitinsky devant la Cour. Nous sommes le mercredi 21 janvier 1998 à 17h05.

Michel Slitinsky : la rafle du 19 octobre 1942

- "Je parlerai directement de la rafle d'octobre 1942, puisque je suis un garçon en sursis depuis ce 19 octobre. Mais je suis aussi un témoin direct des faits. Nous sommes chez nous, nous habitons 3 rue de la Chartreuse. Notre foyer compte 4 personnes : mon père Abraham 62 ans, ma mère Esther 58 ans, ma soeur Alice 23 ans et moi-même 17 ans. Je viens de quitter la scolarité depuis peu. En effet, en raison du problème que pose le statut des juifs, mon père a dû quitter son métier de commerçant. Les petits métiers sont interdits aux juifs et mon père ferme son magasin le 5 janvier 1941. Je suis obligé de travailler. J'ai rejoint les pompiers du port pour apporter un petit salaire au foyer.
(...)
Dans la nuit du 19 octobre, nous sommes arrêtés. Deux policiers viennent frapper à notre porte, il est 2h du matin; mon père me dit : "On est pris comme des rats" (...). Mon père descend, les policiers lui demandent de faire sa valise (des vêtements chauds, 2 paires de souliers et une couverture); je descends avec ma soeur qui essaie de négocier mais les policiers n'entendent rien (...). Je me précipite avec un fer à repasser vers les 2 policier, je les frappe et les bouscule et arrache les plombs du compteur (...). Ma soeur est prise, elle est en pyjama et ils la jettent dans le fourgon (...). Je monte au grenier et je me cache près du vasistas dans la cheminée (...). J'attends deux heures, il est quatre heures du matin quand le fourgon part.
(...)
J'ai vécu au maquis avec des jeunes gens; j'étais le plus jeune. Il y avait beaucoup de réfractaires du STO (5). Notre maquis était alimenté par le réseau Gallia; la plupart étaient originaires de Bordeaux et de Charente-Maritime." (6)
(PP. 142 à 144).

Jeudi 22 janvier 1998 à 13h45.

Michel Slitinsky : interdit aux juifs et aux chiens

- "Mes parents sont issus d'Ukraine, persécutés par les pogroms tsaristes, et, en 1912, ils ont décidé de gagner le pays de la liberté. Ils se sont retrouvés à Paris.
(...)
Les Allemands ne réclamaient encore rien quand Vichy a sorti la ségrégation antijuive. J'ai été frappé de voir Vichy s'installer et je me souviens très bien que nous étions privés de sports, de piscine, de stade, que nous ne pouvions pas monter dans les trams (...), qu'un établissement de la place Gambetta affichait "interdit aux juifs et aux chiens" (...). Si des familles étaient privées de travail depuis janvier 1941, si les petits métiers ne pouvaient plus exister, il fallait baisser le rideau. Par exemple, j'ai demandé au directeur d'école d'obtenir une bourse. La directeur m'a appelé, deux jours après, pour me dire : "Tu es juif, tu ne peux pas recevoir de bourse". Vichy était autour de nous, autour de cette communauté juive et nous avons pris conscience, tous, de la nécessité de nous battre contre la nouvelle Révolution nationale. Je dis ça parce qu'il y a un témoin de moralité qui est venu à la barre dire que les juifs étaient des moutons. Nous ne sommes pas des moutons. Je rappellerai que mes camarades qui étaient en âge de porter les armes, même à partir de 17 ans, ont tous rejoint la Résistance."
(PP. 149 et 150).

Le Président Castagnède :

- "Si vous, vous êtes passé à travers les mailles du filet et si votre soeur a été libérée, cela fait partie des éléments de l'accusation, votre père, lui, versé au convoi, a été transporté à Drancy puis à Auschwitz le 6 novembre 1942 et un acte d'état civil permet d'apprendre qu'il est décédé en ce lieu le 13 novembre."
(P. 155).



Reproduction d'un courrier en date du 16 mars 1943 par lequel Maurice Papon insiste pour que "le transfèrement d'internés juifs du camp de Mérignac au Camp de Drancy" s'effectue avec plus de célérité, soit "par train express ou train de messagerie rapide", et ce, afin de mieux assurer la "surveillance des internés".
Document en annexe VIII du livre de Michel Slitinsky, L'Affaire Papon.

Jeudi 22 janvier 1998 suite. Faute de pouvoir contester le témoignage de Michel Slitinsky, la défense va se livrer à des insinuations sur son livre que Maurice Papon tenta de faire interdire dès sa publication. Des documents en annexe de cet ouvrage sont remis en cause en tant que pièces jointes au dossier.

L'Avocat général Henri Desclaux :


- "On n'accuse pas M. Slitinsky d'être un faussaire (...) et on laisse entendre qu'il manipule les pièces. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y a un certain nombre de faits figurant à ce dossier qui ont été versés par M. Slitinsky et ces pièces gênent la défense. J'ai noté, à l'attention des jurés, et sous le contrôle du président, que jamais les pièces utilisées par le ministère public dans ses questions et qui ont pour origine les versements de M. Slitinsky n'ont été contestées par la défense devant le magistrat instructeur."

Me Jean Cazal (représentant M. Slitinsky) :

- "Avec votre permission, je vais me permettre de lire à la cour et devant les jurés trois lignes d'une décision de justice. Il s'agit, le 6 mai 1983, de l'ordonnance de référé rendue par M. Dray avant qu'il ne soit nommé président de la Cour de cassation, statuant sur la demande de saisie de l'ouvrage de M. Slitinsky, L'Affaire Papon, dont on conteste les qualités. M. Papon, prononçant toujours les mêmes accusations contre M. Slitinsky, lui reprochait la qualité de ses derniers écrits. Voilà ce qu'a jugé le président Dray : "Il n'est pas établi à l'avance que ces documents [utilisés par M. Slitinsky] aient été frauduleusement ou malheureusement sollicités dans un sens ou dans l'autre". C'est dans ces conditions que M. Papon a été débouté (...).
M. Slitinsky n'a pas le défaut de votre client. Il y a une décision rendue contre M. Papon, il a perdu son procès. C'est un hommage que l'on rendait à M. Slitinsky."
(PP. 170 et 171).



Signature de Maurice Papon au bas d'une lettre datée du 22 mars 1943. Il est demandé "l'arrestation immédiate" de quatre juifs "de nationalité hongroise" et leur "tranfert" à Drancy... "avant mercredi 24 courant".
(Annexe XIX de L'Affaire Papon).

NOTES :

(1) Couverture de l'édition originale. La préface de Gilles Perrault fut condamnée pour ces lignes :
- "Il apparaît que le nombre de secrétaires généraux de préfecture héroïques fut, entre 1940 et 1944, extrêmement réduit. La plupart accomplirent machinalement leur sale besogne. Quelques francs salauds, tel Papon, firent du zèle."
Une réédition fut mise en librairies en 1984 après suppression de la phrase litigieuse et avec l'énoncé du jugement.

(2) Maurice Papon (1910-2007). Après sa condamnation en 1998, il s'enfuit en octobre de l'année suivante en Suisse. Sa plus que médiocre cavale ne dura que deux jours suivie de son incarcération à Fresnes puis à la Santé. Libéré pour cause de santé en septembre 2002.

(3) Extrait de la préface de Gilles Perrault à L'Affaire Papon (P. II).

(4) Un procès de sept mois : le plus long des annales judiciaires en France.

(5) Laval instaura le Service de Travail Obligatoire le 4 septembre 1942. Plus de 600.000 Français (masc. gram.) furent ainsi astreints à oeuvrer dans les usines et autres entreprises sur le territoire allemand. De tous les pays occupés, la France fut celui qui envoya le plus de travailleurs qualifiés en Allemagne !
Lire P. 192 : Octobre 1945, le procès de Pierre Laval.

(6) Michel Slitinsky :
- "Dans le Cantal, je participai à des opérations de sabotage, de récupération d'armes" (P. 144).
A dix-huit ans et demi, il est chargé du ravitaillement de 400 à 500 hommes au maquis des Deux-Verges. Il combat à La Truyère où 250 maquisards perdirent la vie. Puis Michel Slitinsky participe à la libération de Saint-Flour et de Clermond-Ferrand. Avec ses camarades résistants, il gagne ensuite Dijon. Les Allemands ne cessant de reculer, il se retrouve en Alsace pour des offensives très dures. Il est blessé aux mines de potasse avant de libérer Mulhouse et Colmar. Michel Slitinsky a vingt ans quand une pneumonie entraîne son évacuation provisoire. Il retrouvera ses copains dans la Forêt-Noire où se cachent aussi bien des SS que des hommes des services de sécurité nazis (SIPO-Gestapo) et des miliciens français. C'est là qu'il découvre des archives de la Feldkommandantur de la Gironde, dont un document signé "Papon". Le début de recherches qui aboutirent au procès de 1997-1998.

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lundi 10 décembre 2012

P. 205. La poésie de Jean-Claude Pirotte n'a pas de prix !


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Jean-Claude Pirotte et la pluie sur Rethel (Mont. JEA/DR).

Jean-Claude Pirotte

- "J’écris un poème chaque jour, soit le matin tôt, soit la nuit tard. C’est une respiration pour moi, une manière de me dégager de la lourdeur de la vie quotidienne… Mes poèmes sont comme un carnet de bord."

Les dernières vendanges de Jean-Claude Pirotte sont amples, ardentes, capiteuses, charpentées, complexes et généreuses :
- 2011 : Prix Apollinaire
(1)
- 2012 : Grand-Prix de poésie de l'Académie française

et
Prix Goncourt de la poésie...

L’Express

- "Le Goncourt de la poésie 2012, baptisé Robert Sabatier en l'honneur de l'écrivain et poète disparu en juin dernier, a été attribué mardi à l'auteur belge Jean-Claude Pirotte pour l'ensemble de son oeuvre, a annoncé l'Académie Goncourt.
Romancier, chroniqueur pour Lire, éditeur et poète, il a publié une cinquantaine de livres, des articles, des poèmes et des préfaces. Peintre, il a aussi illustré différents ouvrages. Parmi ses derniers livres parus figurent Un voyage en automne, Absent de Bagdad, Passage des ombres, Le Promenoir magique et autres poèmes (La Table Ronde) ou encore Expédition nocturne autour de ma cave (Stock).
(4 décembre 2012).

Jean-Claude Pirotte

- "En vérité, j'ai eu beaucoup de chance. D'abord de naître dans un milieu social qui, pour être conformiste, n'en considérait pas moins la musique ou la littérature comme autre chose que des ornements de la vie bourgeoise. Je ne m'entendais pas du tout avec mes parents, qui avaient tout de même une autre idée que la mienne de l'existence, au point que j'étais persuadé que ma place n'était pas chez eux, que j'étais une sorte d'enfant trouvé. Ils me regardaient comme un rebelle, mais j'ai très vite conquis la liberté de lire, de dessiner, de peindre, et surtout de vagabonder. Cette liberté s'est illuminée en Hollande (...). Pour simplifier, disons que ma sensibilité a trouvé là de quoi s'alimenter, et c'est ainsi que je ne suis pas devenu tout à fait un voyou. J'ai découvert là ce qui désormais me serait nécessaire, l'art et la vie dirais-je un peu pompeusement, l'art indissociable de la vie la plus quotidienne..."

Grégoire Leménager

- "Il a cavalé cinq ans pour fuir la prison (2), et écrit des dizaines de livres qui, même quand ils font semblant d'être des romans, sont d'abord des poèmes. Bravo, M. Pirotte."
(BibliObs, 4 décembre 2012).

Jean-Claude Pirotte

- "Je me sens toujours belge. Je suis un poète belge de langue française. Je rencontrais parfois Mitterrand qui venait à la même librairie que moi près de l’Odéon à Paris. Il me disait : « Vous êtes un poète français ». Je lui répondais : « Je reste belge, avec toute l’hybridation et la bâtardise que cela comporte et qui sont des qualités. La Belgique est dans la tradition des marges romaines, des pays marginaux, porteurs d’autres qualités.»


Les mots de Jean-Claude Pirotte empêchent nos naufrages d'être solitaires... (Ph. JEA/DR).

Guy Duplat

- "Jean-Claude Pirotte a une longue carrière tout entière consacrée à l’écriture et la peinture. Il est un poète, un vagabond des mots, un éternel errant (…). Désargenté, hésitant sur ses jambes, il reste toujours un poète absolu, un écrivain qui nous offre des romans-poèmes. Il a la joie d’être reconnu par les siens, ses amis des lettres (…).
Jean-Claude Pirotte sera toujours du côté des perdants magnifiques, des échoués au bord de la route."
(La Libre Belgique, 13 décembre 2011).


Jean-Claude Pirotte

- "J'ai trop besoin d'être seul pour m'écouter me plaindre comme un veau."

Dominique Viart et Bruno Vercier

- "Poète avant tout, sorte de Mac Orlan des cafés et des villes, Pirotte dit le charme des lieux sans pittoresque (3)."
(Littérature française au présent).

Jean-Claude Pirotte

- "la poésie c’est bon
pour les oisons les oiseux les oisifs
disait mon père (4) et tu ferais
mieux d’apprendre le code civil
moi j’apprenais le tango la biguine
à dire je t’aime en catalan
en croate en turc en polonais
aujourd’hui je ne dis plus jamais
je t’aime à personne en aucune
langue je suis là vieillissant
dans la bicoque du faubourg
frappée aussi d’alignement"

(Faubourg, Ed. Le temps qu’il fait, 1997, 120 p.)


Bistro de faubourg épinglé par l'abandon (Ph. JEA/DR).

Thierry Guichard

- "Lorsqu'il déménage, ou lorsqu'il part en voyage, Jean-Claude Pirotte n'emporte guère de bagages. Deux ou trois valises, au contenu mystérieux même pour lui et quelques livres qui lui collent comme un morceau de sparadrap. Lorsque c'est en automne qu'il part, Pirotte semble rester où il est : sous la pluie. Une pluie qui a au moins le privilège de masquer les larmes, d'écarter le pathos, de mettre en harmonie avec le monde (sinon la météo) celui qui cultive les idées noires comme d'autres des iris ou des oeillets."
(Le matricule des anges).

Jean-Claude Pirotte

- "parce que le dessein des vies
c’est la mort nous écoutons
les chants lointains de l’innocence
qui se mêlent aux souvenirs

et nous ne savons qui de nous
ou des enfants aux voix ravies
s’avance entre les platanes gris
vers les champs qui bordent le jour

nous allons depuis les temps
premiers jusqu’à ces bords
du ciel qui s’éloignent
jusqu’au dernier jour

qui est encore un jour
mais dans une autre vie"

(Le très vieux temps, Ed. Le temps qu’il fait, 2012, 200 p.)

Le Magazine littéraire


- "Sa profonde raison de vivre et de créer : la fréquentation de ses compagnons de comptoir et de poésie, Armen Lubin, Odilon-Jean Périer, Jacques Baron ou Max Jacob. La vie même de Pirotte est pareillement un parcours de réfractaire. Sa vraie demeure est la poésie."
(9 décembre 2011).

Jean-Claude Pirotte

- "avec ta littérature
tu as l’air de quoi, peuchère ?
tes vers c’est pour ta rature
tes os bien sûr pour la terre"

(La vallée de Misère, Ed. Le temps qu’il fait, 1987, rééd. 1997, 160 p.)


Papillon avec équerre et sans compas (Ph. JEA/DR).

Benoît Moreau


- "Jean-Claude Pirotte est ce qu'il est convenu d'appeler un auteur pour écrivains, en tout cas pour amoureux de la langue française. D'un classicisme militant, son œuvre est d'une originalité rare. Peu ont à ce point atténué la distinction entre poésie, roman, récit, journal et essai. Pirotte, peintre, a réussi à introduire l'aquarelle dans l'écriture. Une écriture dont les ingrédients semblent être d'éviter certains ingrédients. Peu d'évènements, pas de temps, ou plutôt un temps immobile. Peu de couleurs, mais toutes les teintes de gris. Beaucoup de pluie. Un refus des outrances. Parfois des comptines, des chansons, de lourdes fanfares, des plaisanteries grinçantes … puis un chant tout simple qui vous touche au plus profond."
(Poezibao, 22 avril 2008).

Jean-Claude Pirotte

- "Voici ce que je pense :
le noir est ma lumière
et l’ombre ma distance.

...

La vie n'a pas de fin, même si le monde et la littérature agonisent.
Ce n'est pas la fin du monde
comment exprimer la fin
de ce qui n'existe pas
nous séjournons dans le songe
le cauchemar et le sommeil
nous séjournons dans la vie
qui n'est jamais la vie
mais un vide au coeur du temps
un désert empli d'espace
mais d'un espace désert
nous séjournons loin de nous
pour être en pleine lumière."

(Autres séjours, Ed. Le temps qu’il fait, 2010, 189 p.)

Hypothesarts


- "S'agissant de l'inépuisable artiste anticonformiste Jean-Claude Pirotte, sa poésie ne change pas la vie, mais elle l'échange, la transpose comme puissance de vivre.
Avec plus de cinquante ans de déambulations poétiques, ses paroles buissonnières, de la pluie des jours et des gens, se labourent..."
(Exposition à la Maison de la Culture de Marche-en-Famenne, avril 2012).

Jean-Claude Pirotte

- "si c'était mon dernier voyage
avec la mer et le grand âge
dans ma besace de très vieux
colporteur aimé des nuages

la douce mer dans la bouteille
et le grand âge au fond des poches
le regard sous le chapeau cloche
qui me rapproche du ciel"

(Passage des ombres, La Table Ronde, 2008).


La Mouréale (Ph. JEA/DR).

NOTES

(1) Lire la P. 91 de ce blog : "Levons nos verres à la santé de J-C Pirotte".

(2) Avocat au barreau de Namur (sa ville natale), Jean-Claude Pirotte fut soupçonné d'avoir voulu favoriser l'évasion de l'un de ses clients. Accusation qu'il a toujours réfutée avec la dernière des énergies. Pour échapper à la justice belge, il entama une cavale de cinq années et qui débuta dans les Ardennes de France, à Rethel.
Sur d'autres pages et d'autres blogs, j'ai décrit comment et pourquoi il me tint à coeur de marcher ça et là sur ses traces. Même en tant que conseiller à la prison de Namur... Le temps de créer un Service laïque d'aide aux justiciables.

(3) Malaisé de partager une telle affirmation. Du moins si l'on a parcouru et même habité aussi dans les Ardennes de France. Si l'on a arraché une pierre à la Vallée de Misère afin qu'elle porte la mémoire de persécutés raciaux. Si l'on a suivi les ombres et vidé les verres de lumière de Jean-Claude Pirotte le long de la Meuse naissante, dans les Montagnes Noires ou encore sur le Mont Afrique...

(4) Durant deux années du secondaire, le père de Jean-Claude Pirotte fut mon premier professeur d'une discipline pour laquelle il devint ensuite mon premier inspecteur...

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jeudi 6 décembre 2012

P. 204. Le 4 décembre 1693 : la Médée de M-A Charpentier


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Marc-Antoine Charpentier et sa Médée (Mont. JEA/DR).

M-A Charpentier :
"La musique me fut de peu d'honneurs
mais de grande charge..."

Médée : Tragédie lyrique en 5 actes (avec prologue) de Marc-Antoine Charpentier sur un livret de Thomas Corneille.
Création à Paris, le 4 décembre 1693, à l'Académie Royale de Musique.
Charpentier dédia cette tragédie à Louis XIV dont voici la réponse :
- « Elle [sa majesté] était persuadée qu'il était un habile homme et qu'Elle savait qu'il y avait de très belles choses dans son opéra… »

Culture.fr

- "Durant la période où il travaille chez les Jésuites, Charpentier, alors âgé de cinquante ans, fait représenter à l'Académie royale de musique Médée, son unique tragédie en musique. Le livret est de Thomas Corneille que le musicien avait connu au théâtre français une vingtaine d'années auparavant."

Noël Tinazzi

- "Avec cette oeuvre très aboutie, le compositeur espère (en vain) prendre la place de Lully, disparu en 1687, comme compositeur officiel de Louis XIV. Sommet de la tragédie lyrique, « Médée », oeuvre rare et exigeante regorge de pépites musicales (…).
Frère cadet du grand Pierre - lequel débute sa carrière de dramaturge avec une « Médée » oubliée - Thomas se surpasse dans ce livret en vers rimés, à la langue pleine de bonheurs d'expression, aux ressorts dramatiques indéniables, rénovant la tragédie de Médée. S'y révèlent les diverses facettes de la magicienne infanticide, déchirée par l'amour de l'aventureux Jason pour qui elle a tout quitté et pour lequel elle sacrifiera tout, y compris ses enfants. Jouet d'intrigants dont la duplicité n'a d'égale que l'inconstance, Médée est condamnée à la vengeance."
(Rue du Théâtre, 15 octobre 2012).

Surintendant

- "Quand Médée est représentée pour la première fois, en 1693 à Paris, ce n’est pas avec la douceur à laquelle s’était habitué le public de Lully, que seule la mort pouvait déboulonner de son poste. Accusée par les Lullistes d’être percluse d’italianismes, la vision par Charpentier de ce drame antique universel fit un tel scandale que ce fut le dernier opéra de sa carrière."
(Le Blog Baroque, 17 octobre 2012).

Forum Opera

- "Oeuvre maudite, vouée dès sa création aux gémonies d'une certaine élite piquée de lullysme conquérant, Médée n'est pas des oeuvres qui s'apprivoisent facilement...
Charpentier, pour la composition de Médée, s'est attaché à la double tâche apparemment paradoxale de respecter et de transgresser le modèle lullyste. La partition s'en trouve enrichie d'un discours dense, aux récitatifs touffus parcourus d'airs à l'orchestration à la fois délicate, fragile et d'un dramatisme fiévreux."
(5 octobre 2004).

Muse Baroque

- "Le livret dense - presque trop - de Thomas Corneille, le langage harmonique de Charpentier bien plus complexe que celui de Lully, l'opulence de l'orchestre à la française dans la digne tradition du Surintendant, la souplesse des récitatifs et des sortes d'arioso indéterminés font de Médée l'unique et sublime véritable tragédie lyrique à part entière de Charpentier."
(Le magazine de la musique baroque, s. d.).

La version des Arts Florissants et de William Christie (DR).

Jean-François Lixon

- "Le propos de Médée reste toujours d’actualité : l’amour donne-t-il à celui ou celle qui le ressent tous les droits pour parvenir à ses fins ? Aimer est-il un argument suffisant pour se dégager de toute responsabilité ?
(francetélévision, cuturebox, 14 octobre 2012).

Opéra de Lille

- "Sorcière bien-aimée des compositeurs, Médée est l’héroïne de plusieurs opéras qui ont fait date. Le chef-d’œuvre de la tragédie lyrique française que Charpentier a composé à la fin du dix-septième siècle est l’un des plus fidèles au caractère fantastique du mythe antique.
Pour se venger de la trahison amoureuse de Jason, la princesse de Colchide ensorcelle ses adversaires, poignarde ses enfants et offre une robe imprégnée de poison à Créuse, sa rivale. L’ambivalence du personnage, entre grandeur et monstruosité, ouvre de multiples orientations dramaturgiques."
(Novembre 2012).

Lunettes Rouges

- "L’opéra de Marc-Antoine Charpentier (qu’on pourrait voir comme un éternel second de Lully, de même que le librettiste, Thomas Corneille, fut dans l’ombre de son frère – auteur, lui aussi, d’une Médée, bien plus noire - et tenta de s’en affranchir) fait de l’héroïne un personnage complexe, qu’on ne peut réduire à une magicienne infanticide. Médée est amoureuse, et c’est l’amour qui la conduit à sa perte (…).
Entre le fat et infidèle Jason, la stupide Créüse, l’opportuniste pervers Créon et le libidineux Oronte, Médée est la seule à faire preuve de noblesse, d’une noblesse si pure, si sincère et intransigeante qu’elle la mène au drame. Mère, amante et guérisseuse autant que magicienne maléfique, son amour bafoué la fait sombrer dans la vengeance, le crime et la folie, et dans l’infanticide, crime le plus odieux (et, ici, sans doute, aussi forme d’automutilation punitive), mais ces actes sont aussi la manifestation d’une rébellion idéaliste contre la raison d’état, la logique de pouvoir, l’ordre établi."
(16 octobre 2012).

André Tubeuf

- "La Médée de Charpentier pourrait bien être le chef-d’œuvre de l’opéra versaillais : la sensibilité, la finesse, le format des portraits dramatiques qu’elle offre en musique n’ont pas d’équivalent dans des œuvres plus célébrées, plus décoratives (…).
Retrouvons tout du sublime Charpentier, trop longtemps négligé, tellement plus italien (par la sensualité spiritualisée et la tendresse) et plus peintre (par le modelé et la pâte) que le terriblement français et royaliste Lully."
(L’oeil et l’oreille, 18 octobre 2012).

1838 : la Médée d'Eugène Delacroix (DR).

Théâtre des Champs-Elysées

- "Médée nous plonge dans des mondes divergents où s’affrontent, dans la démesure et l’extrémisme, tout l’éventail des passions qui, à défaut de laisser la raison triompher, se détruisent mutuellement, ivres de leur soi-disant bon droit.
L’amour possessif de Médée et son destin révèlent que l’amour n’est pas tant l’affaire des dieux que celle des hommes, puisque l’être qui représente l’Amour – ici Médée – ira jusqu’à s’octroyer le droit de détruire sur son passage tout ce qui s’y trouve, à commencer par ses propres enfants.
Pour le librettiste Thomas Corneille, comme ça l’était déjà pour son aîné Pierre, l’affaire est entendue : seul l’amour fait vivre les êtres humains que nous sommes, et c’est à ce titre qu’il doit avoir tous les droits ; or si tel est le cas, ce qui fait vivre les hommes est aussi bien ce qui les tue, car qui a tous les droits ne se reconnaît plus aucun devoir... L’amour est donc tragique pour autant qu’il est à la fois nécessaire et impossible."
(Octobre 2012).

David Le Marrec

- "L'oeuvre est, en soi, l'une des tragédies en musique les plus réussies de tout le répertoire. Et, si j'abstrais ma propre subjectivité, je la citerais peut-être comme l'exemple le plus abouti du genre tout entier, réunissant à elle seule de la déclamation ciselée, des scènes de caractère saisissantes, une qualité mélodique hors du commun, une assez grande densité harmonique, des originalités instrumentales, des divertissements courts mais marquants.
On y trouve notamment l'un des livrets les plus noirs, mais aussi des plus vigoureux dramatiquement, l'une des plus belles scènes infernales de tout le répertoire opératique, des récitatifs majestueux parcourus d'effets étonnants, le plus beau duo d'amour de l'histoire de la musique (avec, soyons, généreux, l'acte II de Tristan), et aussi l'une des fins les plus marquantes de l'histoire de l'opéra. Seul le Prologue est sensiblement moins intéressant, en grande partie à cause du texte platement explicite, Thomas Corneille ne s'étant pas embarrassé d'allusions pour brosser les souliers du souverain."
(Operacritiques, carnet sur sol, 17 octobre 2012).

Catherine Cessac

- "Le 28 juin 1698, Charpentier est nommé maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle. Il y demeure jusqu’à sa mort. Son œuvre est conservée à la Bibliothèque nationale de France, en manuscrits autographes appelés Mélanges qui constituent une collection musicale unique en France pour cette époque.
Très vite, Charpentier sombre dans un oubli quasi total qui persiste jusqu’au début du XXe siècle. Les raisons de ce silence semblent tenir tout autant de l’homme – dont l’existence modeste se déroula en marge de la cour de Louis XIV – que du créateur. Exclu et incompris par les défenseurs de la musique de Lully qui était le modèle obligé, salué seulement par une minorité de connaisseurs ouverts au style italianisant que pratiquait Charpentier, voici comment le compositeur se présente dans son Epitaphium Carpentarii :
« J’étais musicien, considéré comme bon parmi les bons et ignare parmi les ignares. Et comme le nombre de ceux qui me méprisaient était beaucoup plus grand que le nombre de ceux qui me louaient, la musique me fut de peu d’honneur mais de grande charge... »
(Centre de musique baroque de Versailles).




La version (controversée) du Concert Spirituel et d'Hervé Niquet.


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lundi 3 décembre 2012

P. 203. Toponymie à la dieppoise


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Cours Dakar à Dieppe (Ph. JEA/DR).

Des Alouettes à Bourville...

Bois des Alouettes,
Cavée aux Anes, Chemin aux Anes, le Dos d’Ane, les Pas d’Anes, Route forestière de la Côte à l'Ane,
Allée à la Bécasse,
Le Parc à Biches, la Corne de Cerf, Mare aux Biches,
Ligne au Blaireau,
La Mare aux boeufs, le Clos des Bœufs, les Ecorcheboeufs,
La Fosse aux Chats,
Le Cheval Rouge, Plaine du Clos à Cheval,
Route forestière du Chevreuil,
Bout de la Rue aux Chiens, la Butte au Chien,
Beurre au Coq, Fond de la Couleuvre, Fond des Criquets,
Les Fauvettes,
Bois de la Ville aux Geais, Le Nid de Geais,
Moulin de la Girafe,
Beaumont-le-Hareng, Val aux Harengs,
Château du Héron, Côte aux Hérons, le Clos Héron,
Bois de l’Hirondelle,
Bosc aux Lièvres, Haie au Lièvre,
Bosquet aux Loups, la Cavée aux Loups, la Mare aux Loups, le Domaine aux Loups, le Loup Pendu, le Saut du Loup, Val au Loup,
La Fosse à Martres,
La Morue Sèche, la Queue de Morue,
Fosse Mouton, Mare aux Moutons,
Le Clos à Paons, Bois du Perroquet, le Nid de Pie, La Poule,
La Porcherie, Parc à Pourceaux, la Gueule de Truie,
Les Ramiers, Le Clos aux Rats,
Bois de Goupil, Cavée aux Renards, Ferme du Val Renard, Fosse Goupil, la Fontaine aux Renards, la Renardière, le Rayon aux Renards, Plaine du Bosc au Renard, Queue de Renard,
Route au Rossignol,
Carrefour au Sanglier,
Les Tourterelles,
Cavée à Vaches, Chemin aux Vaches, Fond de la Vache, la Chasse aux Vaches, la Vacherie,

Bois des Bouleaux,
Bois des Chênes, Carrefour du Chêne à Leu, Chêne Baril, Chêne Charmant, Chêne de la Souris Pendue, Chêne Louise, Chênes de St-Hubert, Fond du Chêne, le Chêne aux Fées, le Chêne Crépette, le Chêne d'Amérique, le Rayon du Chêne, les Trois Chênes, Mare du Chêne, Plaine du Chêne des Valettes, Route forestière du Gros Chêne,
Bois du Fresne, Fontaine des Frênes, Frêne les Jumeaux,
Ferme de la Hêtraie, Hêtre à Broussins, Hêtre des Landes, Hêtres des Ecoliers, Hêtre le Père Antoine, Hêtre Martine, Hêtre Montariol, Hêtre Pleureur, Hêtre Rudi, Hêtre Terrier, le Hêtre Fourchu, le Petit Hêtre, Maison forestière au Hêtre des Gardes, Poteau du Hêtre des Princes,
Le Clos des Ifs, La Côte aux Ifs, Plaine des Ifs,
Chemin des Merisiers, Les Noyers,
Carrefour des Ormes, le Gros Orme, l'Orme de Pleine-Devette, l’Orme des Fosses, l’Orme Javelin, Ferme des Ormes, Pièce de l’Orme, Terres de la Mare de l'Orme,
Le Gros Poirier, le Poirier Vion,
Côte des Pommiers, Plaine du Pommier St-Michel,
Les Sapins de Déville,
Bois des Saules, Chemin des Saules, Fond des Trois Saules, la Mare aux Saules, Val à Saules,
Bois des Pins, le Pin Brûlé,
Terres du Tilleul,

Bois aux framboises,
de la Baronne, de la Bijouterie, de la Folie, de la Léperonne, de la Novale, de la Pendue, de la Vallée Tournes,
des Amourettes, des Balais, des Moutiers, des Vertus, des Vignots,
de Bélevent, de Clairefeuille, d’Etennemare, de Fort Chabrol, de Heucleu,
du Bout-de-Bas, du Catelier, du Château des Etangs, du Pendu, du Pont du Thil,
Bois Dangereux, Labarbe,

Bonne Nouvelle,

Bout de Bas, Maudit,


Longueil (Ph. JEA/DR).

Chemin de Beauchifol, de Gueures, de la Haute Voix,
des Ecoliers, des Fontaines, des Hanrenguets, des Veules,
d’Iclon,
du Télégraphe,
Chemin qu’il Faut, Perdu, Salé,

Champ Blanc, Château Blanc, Chemin des Blanches Dames, Gué de Blanche Taque, le Blanc Pain, le Mont Blanc, le Potier Blanc, les Blanches Terres, les Blancs Pâtis, Pierre Blanche,
Le Brun Fossé,
Bois de la Porte Noire, Bois Noir, le Chemin Noir,
Bas Rouge, Ferme Rouge, La Cavée Rouge, la Croix Rouge, la Maison Rouge, le Bout Rouge, le Pont Rouge, le Rouge Mouchel, les Rouges Marnières, les Terres Rouges, Mont Rouge, Porte Rouge Ferme, Route forestière du Cheval Rouge,
Le Château Roux,
Bois de la Salle Verte, Carrefour Vert, la Cavée Verte, la Place Verte, la Rue Verte, le Chemin Vert, le Vert Bocage, le Vert Buisson, le Vert Galant, le Vert Pignon, le Vert Ponthieu, les Verts Glands, Plaine du Vert Bois,

Côte au Soleil, de Pommeréval, de Sang-Roy, d’Etran, du Moulin Brûlé,
Côte Enragée, Sèche,

Fontaine Brillante, du Gouffre, du Raux,

Gorge du Petit Ailly,

La Belle Attente,
La Cavée des Muets, du Panais, Gros Jean,
La Crevonerie,le Culotte Sèche,
La Folloperie, la Fosse aux Vieux,
La Galère, la Gâte Galant,
La Haie des Trouvères, la Hallecourterie,
La Mare Bidas, Coquerelle, du Maroc,
La Pièce de Lamare,
La Silice,
La Tête de mort, la Trompette,

Le Belevent, le Bras d'Or, le Buisson Pouilleux,
Le Cabaret d’Hautot, le Clair Bouillon, le Crèvecoeur, le Coupe-Gorge,
Le Champ des Soeurettes,
Le Clos à Tous Vents, Borgne,
Le Doux Zéphir,
Le Grand Trait,
Le Fond de Cocagne, d’Ecaquelon, de Fumechon, de Graincourt, de Muchedent, du Val Sec,
Le Haut de Longueil,
Le Mesnil Gaillard,
Le Mont de Gron, du Cul, Tape-Dur,
Le Nouveau Monde,
Le Pain de Sucre, le Pot au Feu,
Le Rayon Doux,
Le Souffle-en-Cul,
Le Tourne-à-Gauche, le Tout-Vent,
Le Trou au Vin, d’Enfer, Miette,


Quai de Carénage, Dieppe (Ph. JEA/DR).

Entre les Deux Routes, les Deux Moulins, les Deux Pierres, les Deux Rivières, Route des Deux Cantons, Route forestière des Deux Mamelons,
Croix des Trois Frères, Fond des Trois Saules, les Trois Chênes, les Trois Coins, les Trois Cornets, les Trois Fétus, les Trois Fourchettes, les Trois Oreilles, Mare des Trois Pendus, Plaine des Trois Marais,
Bois des Quatre Carreaux, Bois des Quatre Fossés, les Quatre Routes, les Quatre Poteaux, Rue des Quatre Vents, Rond des Quatre Quartiers,
Bosquet des Cinq, les Cinq Chemins, les Cinq de l’Hôpital, Pointe des Cinq Trous,
Les Six-Boulant, Route forestière des Six Frères,
Les Sept Câteleux, Mont de Sept Meules, Septième Renclôture,
Sole des Douze,
Carrefour des Treize Chênes, les Treize Fosses,
Bois des Quatorze,
La Cavée des Quinze, les Quinze Coins,
Bosquet des Vingt,
L’Epine des Vingt-Deux, les Vingt-Deux et les Cinquante,
Fond des Cent Acres,

Les Antipodes,
Les Bréhoutes, les Bouffards, les Buissonnets,
Les Champs Perdus, Tournants,
Les Chouquets, Les Craquelins,
Les Follemprises, les Fonds de Mahomet,
Les Hauts Marais, les Hôtelets,
Les Innocents,
Les Longs Boyaux,
Les Marettes, les Moregots,
Les Pâtis Doux, les Plats Pieds, les Prés sous la Vauvaye,
Les Rideaux de Sauchay-le-Bas, les Rifles à Mont,
Les Terres à Flacon, de Fumechon, du Colombier,
Les Vieux Blés,

Mouille Pot,

Plaine de Bosc-le-Comte, de Cailloutin, de Cressieusemare, de Gauchaupré, de la Bucaille, de la Rue Vilaine, de l’Epinette, de l’Etantot, de Saussemare, de Socquentot,
des Barbaras, des Fourches, des Mondrots, des Teurcans, des Rendus, des Vacillots, des Vaulois,
Plaine du Bois de Baumare, du Bosc Fol-Enfant, du Fief Toubert, du Réel,

Pont de l’Arche, de la Vierge,

Port de Mordal, de Morville, de Vasterival, du Yaume,

Route Adélaïde, Clémentine, de la Pyramide, des Terres du Goulet, du Bivouac, du Grand Maître,

Rue Carrée, de l’Aumône,

Sur le Gibet,

Tête d’Adam, de Melon, de Sainte-Catherine, Péronne,

Val au Gras, aux Cailloux, des Grès Croc, des Joncs,

Anneville-sur-Scie, Biville-la-Baignarge, Boudinville, Bourville, Carville-Pot-de-Fer, Cideville, Creppeville, Cuverville, Dénestanville, Dragueville, Epineville, Flainville, Galleville, Grigneuseville, Gueutteville, Herbouville, Hybouville, Lestanville, Machonville, Poireauville, Ramouville, Saigneville, Touffreville…


Pourville (JEA/DR).


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